Ce jour là j’étais fatiguée. Mauvaise nuit, journée de travail décourageante, un rendez-vous le soir où je ne
savais pas comment me positionner…. Tout allait mal…Alors le cercle de silence ne tombait pas bien… j’avais envie d’y aller parce que la cause me
plaisait, et puis, je m’étais engagée…
J’y suis donc allée. Tout d’abord la mise en place, le plaisir simple de retrouver des personnes, toutes différentes et avec lesquelles je partage
l’idée que la dignité de l’homme ne peut être bradée.
Puis le cercle, cette position par laquelle nous sommes unis, nous nous côtoyons, nous nous regardons.
Enfin, le silence, le calme de l’absence de mouvement. Petit à petit le calme se fait à l’intérieur. Mais quel bienfait procure ce calme ! Un moment sans marcher, sans agir, sans parler, sans écouter… un moment qui se suffit à lui-même…
Et tout à coup des cris, des hurlements, des vociférations….quelques gamins déguisés en méchants, suivent sans penser un meneur plus âgé, leur cris déchirent le silence. La consigne : les
ignorer. Ils sont juste derrière moi, leur slogans sont au ras de la terre et mon dos leur est tourné…mais sur ce dos, pas de mépris, un poème. Et oui, moi qui suis juste devant eux j’ai la
chance de porter sur une pancarte un poème, et grâce à lui, je me sens bien..
Leurs slogans trop égoïstes ne tiennent pas longtemps face à ce silence, cette cohésion, cette dignité. Comment réagit la fausse indignation face au silence ? Quelques courts moments plus tard, après d’ultimes provocations sans d’autre effet que de nous conforter dans notre position, ils partent, dépités.
Retour au silence, un silence conforté, réveillé, encouragé. Un silence qui fait sens.
Du repos, du calme, la pensée chemine et c’est comme si elle ralentissait le mouvement.
Et puis cette petite fille, étonnée, qui jouait là sur le parvis. «Tiens Isolde, que fais-tu ? » Je lui explique : témoigner. « En fait tu ne fais rien ? Que fait-on quand on ne fait rien ? » « Essaie donc ! » … tentative vite avortée, c’est long le silence…
Oui c’est vrai, c’est long. Une heure c’est long. Et pourtant finalement cela passe vite, enfin, certains moments, d’autres non… Et puis finalement c’est le fait que ce soit long qui permet de véritablement s’y confronter, au silence, de s’y abandonner.
L’heure est passée, je me sens bien. J’ai goûté à la paix intérieure. Quand dispose-t-on d’une heure de silence, une heure où l’on ne fasse rien ? Quelle découverte ! Finalement ce
rendez-vous, ce soir, j’ai assez envie d’y aller.
Isolde
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